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Hommage aux Soldats de la Grande Guerre

Page 91

le 25/06/2006 à 21h55

Questions fréquemment posées,

à l'attention de tous ceux et celles qui souhaitent faire des recherches sur leurs aïeuls durant la grande guerre de 1914.

Vous êtes certainement très nombreux à vous poser des questions sur des informations ou sources complémentaires pour enrichir la reconstitution de l'histoire de votre aïeul pendant la Grande Guerre.
En voici quelques réponses:
Pourquoi le nom de mon grand-père qui a été cité, ne figure pas dans votre liste ?
Avez-vous d'autres informations sur ce soldat ?
Où puis-je trouver des informations sur les décorations remises à mon aïeul ?
Avez-vous des informations sur mon grand-père qui est Mort pour la France ?
Comment retrouver la sépulture d'un poilu ?
Comment obtenir la copie de l'acte de décès ?
Comment retrouver le régiment dans lequel mon aïeul a été mobilisé en 1914 ?
Où puis-je consulter le « dossier militaire » de mon grand-père ?
Comment connaître les événements auxquels mon grand-père a participé pendant la Grande Guerre ?
Où consulter les historiques régimentaires et les JMO ?
Quel livre ou site pourrait m'être utile pour établir la généalogie de mon ancêtre pendant la Grande Guerre ?
Puis-je obtenir des informations médicales sur un ancêtre blessé ou décédé dans un hôpital militaire ?
Dans quelles conditions était attribuée la mention "Mort pour la France" ?
Que signifie une étoile ou une palme sur la Croix de Guerre ?

**********************************************
Pourquoi le nom de mon grand-père qui a été cité, ne figure pas dans votre liste ?
Les 416 premières planches, ont été éditées dans L'Illustration sous forme de fascicules de quatre planches du 30 janvier 1915 au 30 juin 1917. Le journal demandait directement à ses lecteurs de lui envoyer une photographie des décorés qu'ils connaissaient (famille ou amis), à la simple condition que le motif de la décoration figurât dans le Bulletin des Armées. Si votre famille n'a pas envoyé les éléments au journal, il est donc normal que sa photo n'ait jamais été publiée.

Avez-vous d'autres informations sur ce soldat ?
Les informations dont je dispose sont tirées des journaux L'Illustration dont je possède la totalité des planches 1 à 416 soit 10 614 photos et textes de citations. Je communique par mail le texte des citations et les photos. Je ne possède donc aucune autre information que celles envoyées. Cependant je peux avoir en double le n° contenant les informations qui vous intéressent et je peux vous le céder.

Où puis-je trouver des informations sur les décorations remises à mon aïeul ?
A propos de ces décorations, vous pouvez écrire en indiquant TOUS les renseignements dont vous disposez sur votre ancêtre, au :
BCAAM – Bureau des médailles militaires
Caserne Bernadotte
64000 PAU Cedex
Il appartient au demandeur de prouver non seulement sa filiation avec l'intéressé en fournissant par exemple des copies de son propre livret de famille ainsi que de celui de ses parents, mais également en fournissant une copie du registre matricule de l'intéressé.
Avez-vous des informations sur mon grand-père qui est Mort pour la France ?
· Un fichier alphabétique des Morts pour la France des guerres de 1914-1918 et 1939-1945, est conservé par le Ministère de la Défense et des Anciens Combattants. Il est depuis novembre 2003, accessible gratuitement et directement en ligne à l'adresse suivante : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Vous y trouverez un formulaire de recherche qui donne accès à une fiche synthétique élaborée au lendemain de la guerre. La fiche comporte les informations suivantes : nom ; prénoms ; dates de naissances et de décès ; lieux de naissance et de décès ; grade ; corps ; recrutement ; matricules au corps et au recrutement ; date et lieu de transcription de l'acte de décès ; circonstances du décès.
Il s'agit de la numérisation du fichier 323Mi 1 à 339 des Archives nationales (CARAN), qui est aujourd'hui en ligne et ceci gratuitement. Il est toujours très émouvant de retrouver des informations concernant des grands parents, grands oncles... mort au combat.
Dans cette base numérisée et accessible en ligne, certaines informations à caractère médical peuvent être masquées. Dans ce cas, la consultation du fichier alphabétique des Morts pour la France sur microfilms (série 323 Mi) au Centre d'Accueil et de Recherche des Archives Nationales (CARAN), permettra de prendre connaissance de la totalité de l'intégralité de la fiche.
Adresse topographique :
11, rue des Quatre-Fils, 75003 Paris
téléphone (33) 01-40-27-64-19 ou 64-20
télécopie (33) 01-40-27-66-28

Adresse postale : 60, rue des Francs-Bourgeois, 75141 Paris cedex 03
Comment retrouver la sépulture d'un poilu ?
 Le fichier alphabétique des Morts pour la France (voir ci-dessus) peut permettre de retrouver le lieu d'inhumation.
 Le site " Sépultures de guerre " du Ministère de la Défense, Secrétariat Général pour l'Administration http://www.sepulturesdeguerre.sga.defense.gouv.fr/
" Sépultures de guerre " permet au public de consulter les fichiers détenus par le ministère de la défense (secrétariat général pour l'administration), afin de connaître le lieu d'inhumation des personnes décédées au cours des conflits contemporains - dont 1870-71, 1914-18 et 1939-45 - et enterrées dans les nécropoles nationales.

L'entretien et la gestion des sépultures sont assurés par les directions interdépartementales des anciens combattants (DI). A ce titre, chaque DI dispose du fichier des sépultures de sa circonscription.
 Le Secrétariat d'État à la Défense et ses Directions Interdépartementales des Anciens Combattants et Victimes de Guerre possède des archives très importantes susceptibles de renseigner le chercheur sur le lieu d'inhumation, ou d'inhumation supposée quand le corps du Mort pour la France n'a pas été identifié.
 pour l'Est de la France :
Direction Interdépartementale chargée des Anciens Combattants
Cité administrative
Rue du Chanoine Collin - B.P. 51055
57036 METZ CEDEX
tél. : 03 87 34 77 67
fax : 03 87 36 95 99
Email: polememoire.est57@wanadoo.fr
 pour le Nord-Pas de Calais :
Direction Interdépartementale chargée des Anciens Combattants
Cité Administrative
59048 LILLE CEDEX ;
 pour la Somme :
Direction Interdépartementale chargée des Anciens Combattants
Zône artisanale
80340 RAY SUR SOMME
 pour la Picardie :
Direction Interdépartementale chargée des Anciens Combattants
Cité Administrative
02016 LAON CEDEX
 pour la Meuse
Direction Interdépartementale chargée des Anciens Combattants
Base de Verdun
13 rue du 19è BCP
55100 VERDUN
 pour l'Oise :
Direction Interdépartementale chargée des Anciens Combattants
Secteur des Sépultures de Guerre
3, route de Choisy
60200 COMPIEGNE
 Autre source : la base de données sur http://www.memorial-genweb.org/ du projet "Mémorial-GenWeb" qui vise à recenser les personnes "Mortes pour la France", qu'elles fassent parties de corps constitués ou de groupes de résistance, lors des principaux conflits dans lesquelles la France a été impliquée (guerre de 1870, 14-18, 39-45, d'Algérie, d'Indochine...). La constitution de cette base se fait par la contribution volontaire de personnes, aux relevés des données et à l'envoi de celles-ci.
Les sources exploitées sont:
o Les monuments aux morts existants dans chaque ville et village de France.
o Les plaques et stèles commémoratives .
o Les cimetières militaires français

Comment obtenir la copie de l'acte de décès ?
L'acte de décès a été inscrit sur les registres du lieu de décès et transcrit sur ceux du lieu de naissance.
La copie intégrale de l'acte de décès est communicable sans condition particulière à toute personne. La délivrance d'un acte d'état civil de moins de 100 ans est gratuite mais il convient de joindre une enveloppe timbrée et auto-adressée pour la réponse.

Comment retrouver le régiment dans lequel mon aïeul a été mobilisé en 1914 ?
Ecrire ou se rendre aux archives départementales du lieu de recrutement (département de naissance ou de résidence à l'âge de 20 ans), pour obtenir ses états de service (renseignements d'état civil, particularités physiques, mobilisation, diverses campagnes militaires, date de l'engagement, nom des régiments, décorations ou citations obtenues...). Ces informations sont contenues dans les registres matricules classés en série R

Où puis-je consulter le « dossier militaire » de mon grand-père ?
Pour les hommes de troupes, les simples soldats, il n'y a pas de « dossier militaire » autre que le registre matricule conservé en série R aux Archives départementales du lieu de recrutement (département de naissance ou de résidence à l'âge de 20 ans).
Pour les officiers, les dossiers individuels sont conservés au Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT), BP 107, 00481 ARMEES (adresse topographique : Château de Vincennes, 94300 Vincennes).
Pour les aviateurs, l'Armée de l'Air fut, à sa création pendant la guerre de 1914-1918, rattachée à l'armée de terre, les dossiers des pilotes sont donc à rechercher au SHAT.
Pour les marins, les dossiers individuels se trouvent au Service Historique de la Marine (SHM) ou parfois aux Archives départementales (AD). Installé au Pavillon de la Reine, à Vincennes, le Service Historique de la Marine (SHM) est l'échelon central dont dépendent cinq autres services historiques des ports militaires :
· Cherbourg (de Dunkerque à Granville)
o pour Le Havre et Rouen, les registres matricules sont aux AD76 à Rouen
o pour Honfleur et Caen, aux AD14 à Caen.
· Brest (de Cancale au Guilvinec)
· Lorient (de Concarneau à Belle-Ile, via Auray et Vannes)
o Pour la Loire-Atlantique, les registres matricules sont aux AD44 à Nantes
· Rochefort (de Noirmoutier à Bayonne)
o Pour la Gironde, voir AD33 à Bordeaux
· Toulon (toute la Méditerranée)
Source : Votre Ancêtre dans la Grande Guerre – Yves Buffetaut – Ysec
Coordonnées des SHM sur http://www.defense.gouv.fr/marine/culture/patrimoi/shm/shmsom.htm

Comment connaître les événements auxquels mon grand-père a participé pendant la Grande Guerre ?
Le registre matricule vous a permis d'identifier le ou les régiments dans lesquels votre grand-père a été mobilisé pendant la Grande Guerre. Deux documents ensuite vont vous permettre d'entrer directement dans l'histoire :
· L'Historique du Régiment
o L'Historique régimentaire est une petite brochure imprimée qui décrit les opérations et faits d'armes du régiment en une dizaine ou cinquantaine de pages puis donne les citations obtenues par le régiment. Peuvent suivre la liste nominative de tous les décorés, tués, décédés ou disparus.
· Le Journal des marches et des opérations (JMO).
o En plusieurs cahiers manuscrits, conservé au SHAT, les JMO décrivent au jour le jour, les marches et les opérations du régiment. Parfois, une foule de détails les rendent très riches et intéressants, parfois on y trouve qu'une succession de dates et de lieux.
Où consulter les historiques régimentaires et les JMO ?
La Bibliothèque de Documentation Internationale Contemporaine (BDIC) à Nanterre propose en consultation sur place une très importante collection d'Historiques de Régiments (conditions d'accès voir http://www.u-paris10.fr/bdic/).
Le Musée de l'Infanterie à l'École d'Application de l'Infanterie, (Quartier GUILLAUD 34057 MONTPELLIER Cedex) détient une collection d'historiques de régiments.
Sur ma page http://perso.wanadoo.fr/jean-luc.dron/th/historiques.htm je recense quelques Historiques accessibles sur le web au format « rtf » ou « pdf ».
Au Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT), BP 107, 00481 ARMEES (adresse physique : Château de Vincennes, 94300 Vincennes) vous pourrez consulter à la fois les Historiques régimentaires et les JMO (seul lieu de conservation).
Quel livre ou site pourrait m'être utile pour établir la généalogie de mon ancêtre pendant la Grande Guerre ?
« Votre Ancêtre dans la Grande Guerre » d'Yves Buffetaut, livre édité par Ysec est l'outil indispensable pour mener une bonne recherche et bien connaître les différentes sources exploitables et leurs contributions à la reconstitution du parcours de votre aïeul.
L'auteur, Yves Buffetaut présente également « Recherche d'un parent ayant participé à la Grande Guerre
ou comment trouver les registres matricules de vos ancêtres en 1914-1918 » sur http://www.association14-18.org/references/genealogie/genealogie.htm

Puis-je obtenir des informations médicales sur un ancêtre blessé ou décédé dans un hôpital militaire ?
La Section des Archives Médicales et Hospitalières des Armées, sise à Limoges dispose de dossiers personnels. Communication possible par courrier sur demande à l'adresse suivante :
SAMHA
BP 15
87998 LIMOGES
Tél. : 05 55 12 12 40 ; fax : 05 55 12 12 57
Lundi au vendredi de 8 h 45 à 16 h.
Dans quelles conditions était attribuée la mention "Mort pour la France" ?
La mention "Mort pour la France" est accordée en vertu des articles L 488 à L 492bis du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre. La mention "Mort pour la France" peut être reportée sur toute acte de décès et tout acte d'état civil. Elle est accordée à :
- un militaire des armées tué à l'ennemi ou mort de blessures de guerre ;
- un militaire décédé de maladie ou lors d'un accident survenu en service ;
- un marin du commerce victime d'événements de guerre ;
- tout personnel soignant, hospitalier et religieux ayant succombé à des maladies contractées au contact des blessés ;
- toute personne décédée en combattant pour la libération de la France ou en accomplissant des actes de résistance ;
- toute personne exécutée en raison de sa résistance à l'ennemi ;
- tout otage, prisonnier de guerre, personne requise par l'ennemi, déporté, réfractaire exécuté par l'ennemi ou décédé en pays ennemi des suites des mauvais traitements, accidents, des maladies,
contractés et aggravés lors de sa captivité ;
- toute personne décédée des suites de violences constituant une suite directe de faits de guerre ;
- tout membre des forces de maintien de l'ordre (gendarmerie, garde mobile, compagnie républicaine de sécurité), et tout élément engagé ou requis tombé en service commandé à l'occasion d'opérations de maintien de l'ordre en dehors du territoire métropolitain.
La mention "Mort pour la France" pour les militaires a été instaurée par la loi du 2 juillet 1915 avec effet rétroactif pour le début de la guerre. Pour sa part, la mention "Mort pour la France" pour les victimes civiles a été instituée par la loi du 28 février 1922 avec effet rétroactif pour le début de la guerre.
Sources : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/
Que signifie une étoile ou une palme sur la Croix de Guerre ?
Au début de la guerre de 1914-1918, le besoin s'est fait sentir de créer une récompense pour les combattants courageux qui obtenaient une citation. La croix de guerre fut créée par la loi du 8 avril 1915, confortée par un décret d'application du 23 avril 1915.
Elle commémore depuis le début des hostilités, les citations individuelles pour faits de guerre. Elle récompense les militaires, mais aussi les civils et les personnels militarisés.
Les récipiendaires de la Légion d'Honneur et de la Médaille Militaire recevaient automatiquement la Croix de Guerre.
Pour les actes subséquents de bravoure, le récipiendaire recevait :
· une palme de bronze en forme de laurier pour une citation par le commandant d'une Armée,
· une étoile de vermeil pour une citation par le commandant d'un Corps d'Armée,
· une étoile d'argent pour une citation par le commandant d'une Division
· une étoile de bronze pour une citation par le commandant d'une Brigade ou d'une Régiment.
Chaque mention est représentée par son emblème, donc un récipiendaire peut porter la Croix avec une étoile d'argent et une palme de bronze. Une palme d'argent était octroyée pour 5 palmes de bronze.

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le 25/06/2006 à 21h58
Autre Carte très précise de l'endoit ou Etienne Beuzelin
est tombé au combat.

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le 25/06/2006 à 22h00
VERDUN
Les opérations devant Verdun, le dégagement de Verdun
Juin à octobre1917

Vous pourrez y lire le compte rendu de la journée d'attaque du Régiment de Etienne BEUZELIN,le 20 Août 1917,date de son décès à cette attaque.



La brillante victoire française du 15 décembre 1916 avait avancé notre ligne sur la rive droite de la Meuse en dégageant complètement Douaumont et en nous donnant les points d'appui de la Côte du Poivre, des Chambrettes et du massif d'Hardaumont, elle laissait néanmoins à l'ennemi quelques observatoires : côte du Talou et côte 344, qui lui procurait encore des vues sur nos arrières.

Offensives de la Cote 304 et du Mort-Homme

De plus, il conservait des positions menaçantes sur la rive gauche : le Mort-Homme et la cote 304 . Cependant, l'état-major allemand paraissait avoir accepté sa défaite de Verdun; Et, pendant six mois, la région fut de part et d'autre relativement calme .
Mais de notre côté, le commandement jugeait une offensive nécessaire pour améliorer nos installations demeurées précaires sur la rive gauche. Là, en effet, nos lignes, accrochées aux pentes du Mort-Homme et de la cote 304, étaient immédiatement dominées par l'ennemi. Il paraissait urgent de nous donner de l'air de ce coté .


C'est sur cette rive, en effet, qu'après l'accalmie du printemps, l'ennemi, profitant de l'avance de ses positions va tenter de rouvrir la bataille de Verdun.

Le 1er juin 1917, après un court mais très violent bombardement, l'ennemi attaque nos positions à contre-pente de la cote 304 et pénètre en deux points de notre première ligne, d'où nous parvenons à le chasser .
Des coups de main sur le front du Mort-Homme et de Cumières se succèdent à cette tentative.

Enfin, le 29 juin, l'ennemi lance une attaque plus importante sur nos positions de la cote 304 et sur les saillants sud du bois d'Avocourt que nous contraints d'évacuer.
Dans la soirée, il poursuivait son avantage à l'ouest du Mort-Homme. Nos contre-attaques immédiates reprenaient aux Allemands qu'une partie du terrain perdu.

Les 2 et 4 juillet, il continue ses offensives locales au sud-ouest de 304.

Mais le 17 juillet, nous attaquons à notre tour entre le bois d'Avocourt et la cote 304, sur un front de 2500 mètres et une profondeur de 300 à 1000 mètres .
Non seulement nous reprenons pied dans les tranchées perdues le 2 juin, mais nous enlevons les premières et deuxièmes lignes des anciennes positions allemandes en capturant 425 prisonniers Allemands .

Le 1er août, nouvelle réaction ennemie sur le même point et perte de la plus grande partie de nos gains du 17 juillet .


Ces fluctuations ne peuvent se prolonger indéfiniment. Notre commandement décide d'y mettre fin et prépare une opération de grande envergure.

Elle aura pour objet d'asseoir solidement nos positions au nord de Verdun, de part et d'autre de la Meuse.
Elle visera dans ce but, à s'emparer des observatoires encore aux mains de l'ennemi et à obliger les allemands à éloigner leur artillerie, ce qui aura pour résultats de mettre à l'abri du canon de moyen calibre le nœud de communication très important constitué par les voies ferrées et les routes qui convergent vers la ville .
Les Allemands, sentant venir l'attaque, multiplient les coups de main sur tout le front, afin d'obtenir des prisonniers et de se renseigner. L'importance de nos préparatifs, qu'ils ont pu suivre même de leurs observatoires lointains, grandit leur inquiétude.
Dès la fin de juillet, notre service de renseignements constate qu'ils ont accru la densité de leurs troupes, amené leurs réserves à pied d'œuvre et renforcé leur artillerie.

A la date du 19 août, veille de notre attaque, l'ordre de bataille Allemand comprend, sur la rive gauche, quatre divisions allemande entre Avocourt et la Meuse; sur la rive droite, cinq divisions Allemandes entre la rivière et Etain; en réserve cinq divisions Allemandes .
En outre; le chiffre des batteries Allemandes a été porté de 150 à 400.
Enfin toujours confiants dans leurs organisations défensives, les Allemands paraissaient décidés à résister coûte que coûte sur leurs premières positions.
Ces organisations étaient particulièrement poussées sur la rive gauche.
En arrière de la cote 304, dans la plaine progressivement descendante vers le ruisseau de Forges, l'ennemi disposait d'une série de points d'appui constitués par d'anciens ouvrages de la défense avancée de Verdun : les ouvrages de Peyrou, de Palavas, de Lorraine .

A l'est du ravin de la Hayette, derrière le Mort-Homme, il avait construit deux tunnels : l'un, tunnel du Kronprinz, reliant le ravin de Cumont à la tranchée de Silésie; l'autre, le tunnel de Bismarck, entre la tranchée de Silésie et celle de Fay, ne comptait pas moins de dix-sept ouvertures .

Enfin, vers le bois des Corbeaux s'ouvrait le tunnel Gallwitz, du nom du commandant de la 5e armée allemande.
Sur la rive droite, la côte du Talou et la cote 344 étaient défendues par de puissantes lignes de tranchées, des ouvrages fermés et des réseaux de fils de fer renforcés. Les villages de Samogneux et de Beaumont constituaient de véritables redoutes.

Demande d'envoi de la carte Verdun 20 août 1917 en plus grand


Pour l'exécution de l'opération, notre commandement avait choisi des troupes ayant déjà passé par les différents secteurs de Verdun, s'y étant illustrées et prêtes à s'y distinguer de nouveau après un repos fécond.
C'étaient les 13e corps Français ( général Linder ), 16e corps Français ( général Corvisart ), 15e corps Français ( général de Fonclare ) et 32e corps Français (général Passaga), sous la haute direction du commandement de la 2e armée Française, le général Guillaumat .

L'attaque devait s'exécuter de part et d'autre de la Meuse, avec deux corps sur la rive gauche, 13e et 16e, et deux sur la rive droite, 32e et 15e, sur un front d'environ 25 kilomètres.

La préparation des troupes, commencée dans les secteurs de repos des divisions, se proposait un double but :
-Étudier le rôle que chaque fraction devra jouer par de véritables répétitions sur un terrain aménagé avec représentation des points remarquables. En particulier, l'infanterie était dressée à marcher au chronomètre à une allure déterminée derrière les barrages d'artillerie figurés par des fanions.
-Élever le moral des troupes par un contact permanent entre les officiers et les soldats, les chefs s'attachant à inspirer aux fantassins pleine confiance dans l'action toute-puissante de l'artillerie et dans l'aide de l'aviation.

L'attaque, en effet, était prodigalement dotée d'engins de destructions.
A titre d'exemple, l'artillerie attribuée au seul 16e corps comprenait :
_ 48 canons de tranchées; 248 pièces de 75;
_ 116 canons de 155 court;
_ 48 mortiers de 220
_ 54 canons longs de 95, 105 et 120;
_ 84 canons longs de 155;
_ 12 gros mortiers de 270 et 280.

Soit un total de 610 canons, pour un front d'attaque de 4 km, ou 1 canon par 7 mètres de front; en outre, 19 gros canons longs de calibres variant de 155 à 320, 2 mortiers de 370 et 2 obusiers de 400 pour défoncer les tunnels du Mort-Homme .

Afin de contrôler les effets de son artillerie, le commandant du 16e corps disposait de deux escadrilles de corps d'armée à 13 avions, de deux escadrilles d'artillerie lourde à 10 avions et de 4 compagnies à 10 avions et de 4 compagnies d'aérostiers avec 4 ballons. Ces moyens prévus furent d'ailleurs renforcés et portés furent d'ailleurs renforcés et portés, le 19 août, à 56 avions et 5 ballons.

Ainsi assuré, le service d'observation et de reconnaissance aériennes fit preuve d'une activité remarquable . Le chiffre des photographies prises en avion pendant cette période préparatoire sur tout le front d'attaque en indiquera avec éloquence le rendement :
Du 16 au 31 juillet : 911 photographies ;
Du 1er au 15 août : 850 photographies;
Enfin, du 16 au 31 août : 1794, le maximum étant atteint, dans la journée du 17 août, avec 397 .
Ces épreuves multiples, mises sur papier au moyen d'un tirage ultra-rapide, donnèrent lieu à une série de vues panoramiques, qui furent distribuées abondamment dans les corps, au grand contentement des soldats français.
Cependant les travaux d'aménagement et d'organisation se poursuivaient dans chaque secteurs avec activités.
Le service du Génie procédait à l'installation de couchettes, à raison de 5000 par corps d'armée, dans de nombreux abris.
En outre, les sapeurs, aidés de bataillons Territoriaux, créaient de nouvelles routes ou élargissaient à 6 mètres les voies existantes pour le transport des munitions et du matériel.

D'après les dispositions spéciales du plan d'eau, 200 cuves en ciment, de 100 litres chacune, étaient mise en place le 7 août, dans chaque secteur de corps d'armée.

Sur le front d'attaque, on aménageait trois systèmes de parallèles correspondant à trois bataillons disposés en profondeur, tracées de manière à se trouver à une distance des lignes ennemies supérieure à 300 mètres et inférieur à 400.
Ces limites étaient reconnues, après une étude minutieuse, comme les plus favorables pour le départ des vagues d'assaut, et les plus favorables pour le départ des vagues d'assaut, et les plus sûres pour les occupants des premières lignes pendant la préparation d'artillerie .
Entre ces parallèles, on ouvrait de grands boyaux de communications, un d'adduction et un d'évacuation au moins par régiment, et on les reliait par de nombreux boyaux de rocade.

Aussitôt armées, nos batteries commencèrent, dès le 11 août, le travail de contre-batterie, et les destructions le 13.
Parallèlement s'exécutaient des tirs de harcèlement et d'isolement, poursuivis intensivement nuit et jour, destinés à couper les communications, à compromettre les relèves, à contrarier les approvisionnements et à rendre précaire l'exercice du commandement ennemi.
Ce travail de l'artillerie était complété par un large emploi, fait pour la première fois, du tir de mitrailleuses. Ce genre de feu avait été l'objet d'études minutieuses à l'École de mitrailleurs d'armée.

Toutes les divisions utilisèrent ce tir indirect à des missions d'interdiction et de harcèlement sur des points particulièrement sensibles des lignes ennemies .
A la division Marocaine, par exemple, 40 pièces furent mises en action pendant les nuits qui précédèrent le jour J, à raison de sept heures de feu par nuit : elles tirèrent ainsi plus de 1 500 000 cartouches .

Malheureusement, pendant les journées du 11 au 16 août, les circonstances atmosphériques exceptionnellement défavorable rendirent à peu près impossible l'observation aérienne .
Le contrôle de la destruction des batteries ennemies en fut considérablement gêné, et la persistance du mauvais temps décida le commandement à reculer jusqu'au 20 août l'attaque primitivement fixée au 17 août .

Ce 17 août seulement, on put utiliser à plein les moyens d'observation aérienne.

L'artillerie en profitait pour reprendre avec une intensité croissante son programme.
Les résultats obtenus étaient relevés soigneusement sur la carte journalière des destructions; ce document mis sous les yeux des troupes d'attaque, concurremment avec les vues respectives d'avion, permettait à nos soldats, qu'une cruelle expérience avait rendus quelque peu méfiants à cet égard, de constater de visu et d'apprécier les effets matériels obtenus par nos batteries .
Ainsi tenus au courant, les poilus déclaraient que le travail de l'artillerie atteignait la perfection.
Leur confiance s'en affermissait et leur moral s'en exaltait davantage .
Bien que les préparatifs considérables d'une attaque de cette envergure ne pussent échapper à l'ennemi toujours vigilant, notre Commandement n'en recherchait pas moins l'effet de surprise, et, dans ce but, il avait prescrit les dispositions suivantes :

A deux reprises, avant le jour J, le 17 et le 19 août, toute l'artillerie fut mise en action dans les conditions prévues pour l'heure H par le plan d'engagement : barrage roulant, allongement, etc.... Cette mesure permit de se rendre compte par avance des effets d'ensemble de notre artillerie; en outre, il fut démontré qu'elle avait complètement dérouté l'ennemi .

Dans la nuit du 19 au 20, nos contre-batteries Françaises prennent sous leur feu les batteries allemandes, les écrasent et les aveuglent en déversant sur elles une masse énorme d'obus spéciaux.
En même temps, toute l'artillerie de tranchée, les pièces courtes et les canons de campagne parachèvent leur oeuvre de destruction, tout en isolant de l'arrière par des tirs nourris la zone des objectifs ennemis.
Cependant les troupes d'attaques étaient amenées au cours de la nuit dans les tranchées de départ, malgré un bombardement violent à obus toxiques déclenché par l'ennemi la veille au soir sur nos premières lignes, nos voies de communications et les ravins.
Toute cette région était couverte d'un épais nuage au travers duquel les hommes, munis de leurs masques et lourdement chargés, s'avançaient à tâtons. Il fallut des prodiges d'énergie aux unités pour gagner leurs emplacements de départ.

L'heure H était fixée à 4h40.
L'Attaque
Au signal donné, nos vagues d'assauts françaises s'élancent magnifiquement.
Un barrage roulant à obus explosifs les précède. En avant, un barrage demi-fixe de 75 maintient chaque ligne de défense ennemie sous le feu, jusqu'à ce que le barrage mobile l'ait rejoint.
Allure et progression de l'infanterie; déplacement des barrages d'artillerie, tout est réglé entre les deux armes dans l'espace et le temps, tout se déroule au chronomètre.
En principe, par bataillon d'attaque, un groupe de batteries de campagne travaille en appui direct, et un autre groupe en superposition, pendant que l'artillerie lourde forme encagement au-delà.

A l'aile gauche de l'attaque, le 13e corps d'armée Française
Il a pour première mission de s'emparer des objectifs : tranchées des Pins, ouvrages de Vassincourt et du Peyrou, Bois en Equerre, ouvrage Souvin, le Crochet .A gauche, la 25e division d'infanterie française progresse rapidement à travers le terrain chaotique du bois d'Avocourt, et bientôt les messages de T.P.S. et de T.S.F., toutes les autres communications étant coupées, annoncent que nos troupes ont abordé, enlevé et dépassé les premières tranchées allemandes et arrivent sur leurs objectifs.

Les régiments ( 16e, 98e et 105e régiments d'infanterie et 55e,269e régiments d'artillerie) signalent successivement de nombreux prisonniers allemands, les mitrailleuses allemandes capturées sont immédiatement retournées contre l'ennemi. L'objectif final atteint, on pousse les reconnaissances prescrites sur la Grande Parallèle et sur l'ouvrage Martin.

Mais le nettoyage des abris des Cavernes et du ravin des Aunes ne peut s'exécuter, la compagnie d'élite qui en était chargée ayant perdu 50 pour cents de ses effectifs, y compris le capitaine et la plupart de ses cadres, soit par le feu, soit par l'intoxication.

L'ennemi, surtout avec ses mitrailleuses, a opposé sur de nombreux points une vigoureuse résistance et a exécuté plusieurs contre attaques.
Les deux premières se déclenchent vers 7 heures à quinze minutes d'intervalle, sur la gauche du 16e régiment d'infanterie, dans la région nord de la Marmite de la Sorcière : mais nos grenadiers d'élite Français repoussent brillamment ces actions menées par des Stosstruppen .

Dans l'après-midi, une nouvelle contre-attaque allemande sur le même point est rejetée à 13h30. Mais reprise avec plus de violence et renforcée à 14h30, elle oblige nos éléments à se replier.
Le terrain perdu est toutefois reconquis dans la soirée par un brillant retour offensif des troupes d'assaut françaises.

En résumé, la 25e division française a non seulement repoussé toutes les attaques allemandes, mais a réussi à progresser légèrement sur la droite de l'ouvrage Martin.

A droite, dès 6 heures, la 26e division française, avec le 303e régiment d'infanterie occupait le Crochet, l'ouvrage Triangulaire et la tranchée de l'Abeille.

Le 121e régiment d'infanterie atteignait, à 7 heures, la tranchée Dorothée; mais pris dans un tir de barrage très dense et soumis à de violents tirs de mitrailleuses partant de la cote 304, il subissait une contre attaque puissante, et ses sections très éprouvés, la plupart de leurs chefs hors de combat, refluèrent sur la tranchée Delhomme .
Une tentative faite par ce régiment, à 9h45, pour reprendre le mouvement en avant était arrêté à nouveau par des feux d'artillerie et de mitrailleuses.
Pendant ce temps, le 92e régiment d'infanterie réussissait à gagner rapidement l'ouvrage de Vassincourt et le boyau Elsa, où il se maintenait malgré un violent bombardement et une contre attaque allemande à la grenade.
Vers 15 heures, la 26e division d'infanterie française tenait le front : le Crochet, le Peigne, tranchée Koening, boyau Elsa, ouvrage de Vassincourt, boyau des Erables, et rejetait deux nouvelles contre attaques allemandes, mais l'échec subi par le 121e régiment d'infanterie française avait empêché la conquête de la cote 304 dans la journée du 20 août.

En résumé, après une journée de durs combats, le 13e corps d'armée Français avait progressé sérieusement, et la situation nouvelle, bien orientée, permettait d'entreprendre ultérieurement la prise de la cote 304 dans les meilleures conditions . Le résultat acquis s'annonçait satisfaisant, en tenant compte des grandes difficultés résultant du terrain et de l'ennemi .

Le butin s'élevait au total à 1200 prisonniers allemands, une cinquantaine de mitrailleuses allemandes, une douzaine de minewerfer Allemands.
Les pertes du corps d'armée atteignaient 86 officiers et 3050 hommes hors de combat, dont un grand nombre de blessés et intoxiqués légers.
Les prisonniers allemands faits appartenaient à neuf unités Allemandes différentes; la plupart déclaraient avoir été surpris avant d'avoir pu se mettre en état de défense.


A la droite du 13e corps d'armée
le 16e corps opérant lui aussi sur la rive gauche de la Meuse, avait pour mission de s'emparer successivement de deux lignes de positions :
Le Mort-Homme, tranchée de Hambourg, le Plat de Cumont, les lisières nord des bois des Corbeaux et de Cumières, les organisations de la côte de l'Oie, la cote 265, Regnéville.
Les troupes qui comprennent la 31e division Française et la division Marocaine, attaquent sur un front de 4 km.

A 4h40, unités bleues à gauche, 81eme, 96e et 122e régiments d'infanterie , bataillons kaki à droite, Zouaves, Tirailleurs et Légionnaires, s'élancent magnifiquement à la conquête des objectifs, avec une ardeur telle que le succès va dépasser d'emblée les prévisions les plus optimistes .
L'artillerie ennemie déclenche son barrage trop tard. Au moment où, allumé de proche en proche, il s'établit sur toute notre ligne, nos fusées à trois étoiles ont déjà demandé du haut du Mort-Homme l'allongement du tir de nos batteries (16e,17e,36e,56e, 239e régiments d'artillerie) : l'infanterie Française est passée toute entière .

secteur d'attaque de la 31e division
Dans le secteur d'attaque de la 31e division, les messages aériens de T.S.F. signalent à 5h30 : « premier objectif atteint» La progression, facile à droite et au centre, est entravée à gauche par quelques nids de mitrailleuses que nos grenadiers français réduisent promptement.

A 6 heures, des artilleurs de tranchée amènent à la bricole trois canons de montagne de 80 au sommet du Mort-Homme, tombé entre nos mains du premier bond, et mettent leurs pièces en action concurremment avec nos canons de 37 contre les deuxièmes positions ennemies.
Cependant, les avions allemands apparaissent et se montrent particulièrement audacieux; mais l'un deux, descendu par nos feux de mitrailleuses, s'écrase en flammes au sud du ravin de la Hayette .

Une patrouille de douze appareils allemands garde le ciel et s'oppose à la transmission en temps voulu de l'heure de départ pour l'attaque du deuxième objectif.
Fixée d'abord à 6 h30, la reprise du mouvement en avant est reportée à 7 heures par le commandement.
La conquête du deuxième objectif offre d'ailleurs de plus grandes difficultés.

A l'est, le 81eme régiment d'infanterie, chargé d'enlever le Plat de Cumont, se voit gêné par les mitrailleuses qui nécessitent l'intervention d'un groupe d'appui direct de la division.

Au centre, le 96e régiment d'infanterie repousse une compagnies de mitrailleuses Allemande et maîtrise les issues du tunnel du Kronprinz .

A l'ouest, le long du boyau de la Hayette, le 122e régiment d'infanterie livre de violents combats : Sa progression est rendue difficile par des mitrailleuses allemandes qui, des pentes de la cote 304, le prennent d'enfilade et lui causent des pertes sérieuses.

Cependant, à 9h15, la 31e a atteint presque partout ses objectifs. A midi, l'ensemble du dispositif à réaliser était en place, sauf à l'extrême gauche où l'artillerie entamait une nouvelle préparation pour enlever le reste de la tranchée de Hambourg .
Dans l'après-midi, des messages d'avions signalent plusieurs rassemblements ennemis que nos batteries prennent sous leurs feux et dispersent.

Dans la soirée enfin, à 19h45 et à 21 heures, deux contre attaques Allemandes sérieuses lancées sur le front conquis sont repoussées, grâce à la promptitude de nos nouveaux tirs de barrages et à la mise en état de défense des premières lignes par nos mitrailleuses Françaises et nos fusiliers-mitrailleurs Français.

secteur d'attaque de la division marocaine
Les choses n'allaient pas moins bien dans le secteur d'attaque de la division marocaine ( 4e et 7e Tirailleurs, 8e Zouaves, régiment de marche de la Légion)

Celle-ci, après avoir atteint en moins d'une heure son premier objectif; la tranchée d'Ulm, s'arrête pour souffler, à 5h30; sous la protection de nos tirs d'artillerie, ses chefs remettent en ordre le dispositif . Toute la ligne repart à 5h40 à la conquête du deuxième objectif.
Mais la densité d'occupation des lignes ennemies s'accroît. En maints endroits, des combats s'engagent.
Le tunnel de Gallwitz, dans lequel 600 hommes on trouvé refuge et dont les issues tombent entre nos mains, oppose, sous la conduite du commandant du 24e régiment Allemand, une résistance désespérée qui durera vingt-quatre heures, malgré des attaques à la grenade, à la mitrailleuse et à l'appareil Schilt.

Cependant, dès 6h40, le deuxième objectif atteint partout, les bataillons Français désignés pour le passage des lignes sont amenés à pied d'œuvre; leur mise en place s'effectue avec ordre et précisions sous la protection d'un double barrage .
Le général commandant la division Marocaine, jugeant la situation favorable et bien renseigné par ses liaisons sur les mouvements des corps voisins, fixe à 8 heures le départ sur le troisième et dernier objectif.

Celui-ci est partout atteint à 9 heures.
Dès 9h05, une contre attaque Allemande, lancée vraisemblablement dans le but de dégager le tunnel qui tient toujours, débouche sur les positions du 7e tirailleur : celui-ci la repousse avec une belle vigueur .

Aussitôt installés dans leurs nouvelles lignes, les régiments ont lancé les reconnaissances offensives prévues au plan d'engagement. Ces reconnaissances, conduites avec une splendide ardeur, atteignent rapidement leurs buts, visitent les batteries, abris et réduits, et mettent hors d'usage tout le matériel qu'elles ne peuvent emporter.
Les Zouaves, en particulier, n'ayant trouvé au sud du ruisseau de Forges qu'un butin insuffisant à leur gré, poussent jusqu'à la rive nord et vont détruire une batterie de 150 sur sa position, malgré le feu de soutien.
Toutes les reconnaissances ramènent leurs blessés et ne reviennent qu'après avoir détruit sur place 3 obusiers de 150, 9 canons de 105, 30 canons de 77, 2 mortiers de tranchée de 240 et 25 minenwerfer.

Cependant, le plan d'engagement du 16e corps d'armée Français prévoyait une deuxième opération dans le but d'enlever la côte de l'Oie, la cote 265 et Regnéville, en prenant pour base le départ les objectifs atteint le jour J.
Le succès rapide et complet de la première phase amène le commandement à envisager immédiatement la nouvelle action.
L'ardeur des poilus avaient déjà amorcé la tâche.
Un bataillon de la Légion, dépassant les limites assignées à sa progression, avait mis, dans la matinée, la main sur la côte 174 et le boyau de Forges, ouvrant ainsi la voie vers la cote 265, et entamait, de ce côté, une violente lutte à la grenade.

La nouvelle attaque, préparée par toute l'artillerie lourde disponible, se déclenche à 17 heures. Accompagnés par un barrage latéral mobile de 75 et encagée par les tirs des batteries lourdes, la Légion progresse le long des pentes sud, enlève la cote 265 et pousse jusqu'au bois de l'Oison.


En résumé, pour l'ensemble du 16e corps d'armée, la journée du 20 août s'achevait comme elle avait commencé, par le plus brillant succès.
Les prisonniers Allemands s'élevaient à 3813 hommes, appartenant à trois divisions allemandes différentes; le matériel capturé comprenait 16 canons de 77, 10 pièces de 105, 120 mitrailleuses, 38 minenwefer, dont plusieurs des calibres 24 et 27 cm, plus de 1500 fusils, sans compter les pièces d'artillerie détruites sur place par nos reconnaissances .
Enfin, les installations électriques du tunnel et leurs aménagements très complets tombaient entre nos mains .


Sur la rive droite de la Meuse, la 126e division française.
S'appuyant à la rivière et formant l'aile gauche du 15e corps d'armée Français, elle attaquait en direction du nord-ouest .
Elle avait pour mission de s'emparer d'abord de la côte du Talou, puis, comme deuxième objectif, au jour J+N, du village de Samogneux et des organisations à l'Est .

A l'heure H, les bataillons des 55e, 103e, 112e, 173e régiments d'infanterie s'élancèrent derrière un barrage d'accompagnement très serré qui, assis à 4h30, atteint à 4h40 toute son intensité.
L'opération se déroule avec une régularité parfaite, et les lignes progressent “ mieux qu'à la manœuvre”, selon l'appréciation d'un chef de corps. Tandis que le 173e régiment d'infanterie atteint la tranchée du Tacul, le 103e régiment d'infanterie enlève sans désemparer le Talou et travaille aussitôt à organiser la position .

Tous les premiers objectifs atteints, le général commandant le corps d'armée envisage, dès 8 heures, la progression immédiate sur Samogneux .
Mais des nids de mitrailleuses se révèlent à la lisière du village et dans la tranchée d'Augsbourg; et, comme la préparation d'artillerie lui paraît insuffisante sur ces puissantes organisations, le commandement décide sagement de remettre au 21 l'attaque de ce premier objectif .
L'ennemi tente de réagir au cours de la journée, mais sans succès : des contre attaques allemandes qui débouche du Bois des Caures sont écrasées par nos tirs de barrage .


La 123e division d'infanterie Française de son côté,
avait pour mission de s'emparer des organisations qui hérissaient la cote 326 et la cote 344 .

A droite, les 6e et 12e régiments d'infanterie atteignaient rapidement leur premier objectif : la tranchée du Jutland et la tranchée de Trèves . Ils s'y maintiennent en dépits des violentes contre attaque allemandes qui sont vigoureusement repoussées par des tirs de barrages des 70e et 71e régiment d'artillerie
A gauche, le 412e régiment d'infanterie marche sur la cote 244; mais devant le boyau de Karlsruhe, garni de mitrailleuses, il subit de lourdes pertes .
Pendant qu'une fraction du 411e régiment d'infanterie nettoie l'ouvrage de la Caïne, les autres bataillons du régiment enlèvent la cote 344 et atteignent l'extrémité est de la tranchée de Trèves, où ils se relient au 32e corps d'armée Française.
On s'organise aussitôt sur la position conquise.

Vers 11 heures, l'ennemi tente de réagir . Des vagues d'infanterie Allemande débouchent du ravin de la Mamelle, en direction du bois des Caures et de la cote 344; mais violemment prise à partie par notre artillerie Française, la contre attaque Allemande est repoussée .
Vers 13 heures, un nouveau rassemblement, au nord de la tranchée de Trèves, est dispersée par nos tirs de barrage (7e,10e,58e régiments d'artillerie) .
Mais vers 17h30, nos éléments qui s'organisent sur les pentes de la cote 344 subissent un violent bombardement d'obus toxiques .

A l'aile droite du front d'attaque la 42e division d'infanterie ( 332e et 94e régiment) et la 165e ( 287e, 154e et 155e régiments du 32e corps d'armée Français ) atteignent avant midi tous leurs objectifs; seule, une partie de l'ouvrage de Nassau demeure aux mains de l'ennemi .

Une violente contre attaque Allemande dans la soirée est vigoureusement repoussée par le 332e régiment d'infanterie .

Dans l'ensemble, la journée du 20 août a été un brillant succès pour nos troupes.
On reconnut que le choix de l'heure H avait été tout à fait propice.
Le jour pointait à peine, mais suffisait pour permettre aux hommes de se diriger, tandis que l'ennemi, déprimé par la violence de nos tirs de nuit et encore sous l'effet des obus spéciaux, était terré au plus profond de ses abris .
D'autre part, ses avions n'avaient pas encore quitté terre. Ses guetteurs eux-mêmes, moins vigilants à cette heure limite qui raccorde la nuit à la lueur de l'aube, furent mis en défaut; et les troupes réfugiées dans les tunnels virent surgir aux issues nos grenadiers avant que les occupants eussent le temps d'appliquer leur consigne et d'organiser la résistance .
Bref, tous les prisonniers s'accordèrent à déclarer que la surprise avait été complète.


Au cours de la nuit, les Allemands tentèrent encore plusieurs contre attaques avec des troupes amenées de l'arrière; Un régiment allemand accouru de la région de Montfaucon, attaqua au bois de Malancourt; il fut rejeté en désordre par nos poilus .
Un autre régiment Allemands attaqua sur la tranchée de Tacul, il fut arrêté par nos barrages. Nous apprendrons le lendemain que le commandant de la 86e division Allemande avait organisé une contre attaque d'ensemble, mais qu'il l'ajournait d'abord et finissait par y renoncer.
Suivant une de ses habitudes, l'ennemi se vengea en bombardant la nuit, avec ses avions, nos hôpitaux de la zone arrière, à Vadelaincourt et aux Monthairons, où les bombes firent 50 victimes dont 10 tués et 40 blessés.


La bataille continua le 21 août .
Sur la rive gauche, le 13e corps d'armée Française s'organise sur ses positions, s'y maintient malgré de violentes contre attaques Allemandes, et son artillerie entame une puissante préparation contre la cote 304 .
Toutes nos lignes sont soumises à un bombardement intense par obus toxiques qui oblige nos troupes à garder le masque contre les gaz .
Le 16e corps d'armée Française complète sa brillante victoire du 21 août en s'emparant du village de Regnéville .
Sur la rive droite, le 15e corps d'armée Française déclenche, à 5 heures, l'attaque sur Semogneux : quelques nids de mitrailleuses ralentissent sa progression; mais le village débordé par l'est et par l'ouest, est occupé à 7 heures, ainsi que la tranchée d'Augsbourg à l'est . Malgré des pertes sérieuses, nos troupes conservent un moral magnifique .
Devant le 32e corps d'armée Française, les Allemands tentent plusieurs actions qui sont repoussées .


Les 22 et 23 août, dans le secteur du 13e corps d'armée Française, notre artillerie poursuit ses tirs de destruction sur les puissantes organisation de la cote 304 .
Le 16e corps Français procède au nettoyage des tranchées qui bordent la rive sud du ruisseau de Forges .
La droite du 15e corps d'armée Française, en liaison avec le 32e Corps Français, reprend l'attaque sur l'ouvrage de Nassau, qui n'avait pu être enlevé le 20 août . A 19 h 30, un détachement d'élite de la 165e division Française s'empare de la position avec des pertes légères, grâce à une préparation très énergique .
Enfin, le général commandant le 32e corps Français envisage une opération en vue de porter nos lignes au delà du village de Beaumont, puis sur les pentes nord des Caurrières .

La journée du 24 août est marquée par la conquête de la cote 304 .
Le plan d'engagement prévoyait l'enlèvement d'un objectif intermédiaire : bois en Équerre, ouvrage Souvin, tranchée de Brême .
Après une préparation d'artillerie qui a duré trois jours et trois nuits, les vagues d'assaut de la 26e division Française se portent en avant à 4h50 entre le ravin de la Hayette et l'ouvrage de Vassincourt .
Tous les objectifs sont atteint entre 5h30 et 6h30, sans difficultés sérieuses . L'ennemi, en effet, reconnaissant sa situation délicate, se résigne à abandonner la cote 304 où il n'a laissé que quelques arrières-gardes avec mission de signaler notre approche par fusées .
Mais la rapidité de notre progression nous permet de capturer tous les détachements Allemands qui constituaient la garnison, et les tirs de barrage ennemis se déclenchent trop tard

Dès 8h25, le général commandant le 13e corps Français donne l'ordre d'exploiter le succès en s'emparant de l'ouvrage Palavas, des pentes sud du ruisseau de Forges et de l'ouvrage de Lorraine .
Les troupes d'attaques reprennent leur marche à 20 heures; malgré des pertes sérieuses causées par l'absence d'abris sous un violent bombardement déclenché depuis le matin, elles atteignent rapidement les objectifs .
Dans la journée, de nombreux rassemblements ennemis sont signalés par notre aviation au nord du ruisseau de Forges, mais aucun d'eux n'ose contre attaquer .
De son côté, la 25e division Française envoyait des reconnaissances sur les hauteurs des Platanes, elles constataient que ces ouvrages étaient fortement tenus .

En résumé, le résultat de la journée complétait le succès du 20 août, en nous rendant maîtres des hauteurs qui bordent la rive sud du ruisseau de Forges .

En deux jours de combat, le 13e corps Français réussissait à reconquérir le terrain que l'ennemi avait mis plusieurs semaines à nous enlever, au prix de pertes énormes, dans le courant de l'année 1916 .
Désormais, sur la rive gauche de la Meuse, notre ligne est assurée de positions solides .

Mais sur la rive droite, l'ennemi n'accepte pas sa défaite; il va continuer de lutter les jour suivants et même chercher à reprendre le terrain perdu .

Il faudra pour le mater,
les journées des 26, 27 et 29 août combats de Beaumont, des Chambrettes (168e rég. d'infanterie de ligne, 5e rég.infanterie colonial, 252e rég.d'artillerie)
du 3 septembre trois tentatives d'attaques ennemies dans la région des Caurières
du 8 septembre attaque Française de deux divisions qui nous donne le bois des Fosses et la crête des Caurières,
du 9 septembre puissante contre attaque Allemande qui enlève la cote 344, mais qui est ramenée dans ses tranchées de départ par nos contre attaques Françaises, la cote 344 est redevenu Française
des 15 au 21 septembre aux Chambrettes (245, 320e rég. d'infanterie de ligne) attaque française fructueuse
du 25 octobre au 6 nov dans la région ferme des Chambrettes, bois des Fosses, Beaumont avec une contre attaque puissante des allemands repoussée difficilement par les 59e,83e, 202e,225e, 248e rég. d'infanterie de ligne, aidés du 2e RIC et du 207e RAC
2 et 10 octobre, marquées par des attaques Allemandes renouvelées sans succès, toujours au même endroit
en novembre au fond des Caures (1km nord de Beaumont) et aux Chambrettes 168e rég. d'infanterie de ligne, 252e et 23e rég.d'artillerie

Cette continuité des efforts de l'ennemi pendant deux mois, pour rétablir sa situation sur la rive droite, prouvait l'importance de nos gains .

Les résultats tactiques de la bataille du 20 août, dus à l'habilité de notre commandement et à la valeur de nos troupes Françaises, étaient considérable : le dégagement de Verdun achevé, nos premières lignes portées à 11 kilomètres au nord de la Place, la conquête d'observation obtenue sur la rive gauche, plaçant désormais l'ennemi en situation défavorable pour toute action nouvelle dans cette région .



BILAN
Enfin, du 20 août au 8 septembre, prisonniers et matériel capturés se chiffraient par 10300 soldats Allemands prisonniers, 30 canons et 250 mitrailleuses Allemandes capturées.

Ainsi, malgré quelques vaines réactions de l'ennemi, et quelques attaques spasmodiques qui se produiront encore en novembre, les journées du 20 au 24 août mettaient un terme victorieux à la gigantesque bataille de Verdun, ce champ clos où sous les yeux du monde attentif s'affrontaient depuis dix-huit mois la puissance germanique et la valeur Française.

Dans une première phase, l'ennemi conduit ses offensives presque sans arrêt avec un acharnement sauvage qui se brise contre une défense inflexible.
Mais dès que la bataille de la Somme le lui permet, le commandement français va transformer cet insuccès en défaite allemande. Il ne procède pas comme l'état-major allemand, par la brutale et sanglante continuité des attaques.
A intervalles plus ou moins rapprochés, il prépare avec le plus grand soin et exécute avec une extrême vigueur trois opérations qui vont chasser les Allemands de positions menaçantes et lui porter successivement trois coups terribles.
Ce sont les trois victoires françaises du 31 octobre, du 15 décembre 1916, du 20 au 24 août 1917 enfin, la plus importante.
Tandis que sur la rive gauche, complètement dégagée, nos premières lignes portées au ruisseau de Forges se trouvent désormais à l'abris de toute surprise, sur la rive droite, notre défense s'assied solidement sur les deux massifs reconquis de Louvremont et d'Hardaumont.
Enfin, des cent divisions allemandes qui ont pris part à la bataille de Verdun, le plus grand nombre se sont usées, fondues au creuset rougeoyant de cette vaste fournaise


A ces résultats matériels s'ajoutait l'atteinte irrémédiable portée au prestige des armées germaniques. La puissance militaire Allemande se donnait comme invincible aux yeux de l'univers : Verdun a solennellement prouvé au monde que cette force orgueilleuse et brutale pouvait être vaincue sur le terrain même qu'elle avait choisi.

“ Verdun demeure le suprême exemple du génie de la guerre française.”, écrivait alors un grand journal Britannique .
Et le premier Anglais, M. Llotd George, proclamait, dans un discours prononcé au Ministère de la Guerre Français :
“ La défense de Verdun restera un sujet d'étonnement et d'orgueil jusqu'à ce que la terre se refroidisse.”

Et si ce grand peuple libre entrait dans sa lice avec toute sa puissance, toute sa volonté froide, c'était parce que la bataille et la victoire de Verdun avaient poursuivi, en faveur de la cause française, pendant des mois sanglants d'héroïsme, un magnifique prestige.


Si la Marne avait été le premier tournant de la guerre, Verdun en apparaissait comme le second, à l'horizon duquel, au terme d'une route encore longue et rude, mais cette fois bien droite, la France meurtrie entrevoyait l'aube de la Grande Victoire